🌸 PMA & Prématurité · Le double parcours

PMA puis bébé prématuré : quand les deux parcours s'enchaînent

Par Kris Damayanti — fondatrice de Force & Douceur, maman d'un bébé né à 30 semaines après un parcours PMA

Par Kris Damayanti · Septembre 2026 · 6 min de lecture

J'ai attendu mon fils pendant des années. Quand il est enfin arrivé, il est arrivé trop tôt — à 30 semaines. Entre les deux, personne ne m'avait prévenue qu'on pouvait traverser deux parcours d'affilée, et se retrouver aussi seule dans le second que dans le premier.

Si tu lis ces lignes, c'est peut-être que tu viens de vivre ça. Des mois, parfois des années de PMA. Des injections, des attentes, des résultats. Et puis cette grossesse tant espérée qui s'arrête avant l'heure, une chambre de néonatologie, des moniteurs.

Tu es passée d'un monde à un autre en quelques heures. Et dans ce nouveau monde, personne ne semble se souvenir d'où tu viens.

Le parcours dont personne ne parle

Il existe beaucoup de ressources sur la PMA. Il en existe aussi sur la prématurité. Mais presque rien sur l'enchaînement des deux.

Les groupes PMA s'arrêtent le jour du test positif — après, tu n'y as plus tout à fait ta place, tu es « celle qui a réussi ». Les groupes de parents de prématurés, eux, commencent à la naissance : on y parle de couveuses et de courbes de poids, pas de ce que tu as traversé avant.

Alors tu te tais. Tu portes les deux histoires en silence, sans espace où elles tiennent ensemble.

Ce que j'ai fini par comprendre : ce n'est pas toi qui es « trop compliquée ». C'est le système d'accompagnement qui est découpé en tranches, alors que ta vie, elle, est d'un seul tenant.

💡 À retenir

Les grossesses après PMA font souvent l'objet d'une surveillance rapprochée, notamment concernant le risque d'accouchement prématuré. Seule l'équipe médicale qui te suit peut te parler de ta situation — mais si les deux parcours se sont enchaînés pour toi, sache que tu n'es ni un cas isolé, ni une anomalie.

Pourquoi ce double parcours est si particulier

Tu as tellement lutté pour être enceinte que tu ne t'autorises pas à aller mal

C'est la phrase que j'entends le plus souvent, et que je me suis dite à moi-même : « Je n'ai pas le droit de me plaindre. J'ai eu ce que je voulais. »

Cette phrase est un piège. Avoir longtemps désiré ton enfant ne t'enlève rien du droit de souffrir de la façon dont il est arrivé. Le soulagement de l'avoir et la sidération de le voir dans une couveuse ne s'annulent pas l'un l'autre : ils cohabitent, et c'est épuisant.

Tu n'es pas ingrate. Tu es une femme qui a traversé deux épreuves à la suite, sans pause entre les deux.

Ton corps est devenu un terrain de bataille, deux fois

Pendant la PMA, ton corps était déjà un sujet médical : stimulé, surveillé, mesuré, commenté. Tu as appris à le vivre comme un instrument qui devait « fonctionner ».

Puis il y a eu la naissance trop tôt. Et cette petite voix — celle que presque toutes les mamans de prématurés connaissent — qui murmure que ton corps « n'a pas tenu », cette fois encore.

Ce n'est pas vrai. Mais cette voix est tenace, et elle mérite qu'on lui réponde vraiment. J'en parle en détail dans cet article sur la culpabilité après un accouchement prématuré.

Tu n'as pas eu le temps d'atterrir

Beaucoup de femmes en parcours PMA mettent des mois à croire à leur grossesse. On se protège, on n'ose pas projeter, on attend chaque échographie avant de respirer.

Quand l'accouchement arrive en avance, ce temps d'atterrissage n'a jamais eu lieu. Tu passes de « je n'ose pas y croire » à « mon bébé est en réanimation » sans étape intermédiaire. Ton cerveau court derrière les événements pendant des semaines.

Ce qui m'a aidée, concrètement

Nommer les deux histoires, pas une seule. Quand on me demandait comment j'allais, j'ai arrêté de choisir une version courte. Dire « j'ai vécu la PMA, puis mon fils est né à 30 semaines » remettait les deux morceaux ensemble — et remettait un peu d'ordre en moi.

Accepter que la joie et la peur tiennent dans la même journée. Je pouvais pleurer dans la voiture en quittant le service le soir, et sourire devant sa couveuse le lendemain matin. Ce n'est pas de l'instabilité. C'est ce que fait un cœur quand il porte beaucoup.

Parler à des personnes qui n'avaient pas besoin d'explications. Pas des conseils. Juste des femmes qui savaient déjà ce que veut dire « transfert », « J+14 », « 30 SA », « peau à peau ». Quand tu n'as plus à traduire, tu peux enfin déposer.

Laisser le médical aux médicaux. L'équipe de néonatologie veillait sur mon fils, et elle le faisait bien. Mon angoisse à 3h du matin, elle, n'était pas de leur ressort — et c'est précisément ce vide que j'ai voulu combler plus tard, en créant Force & Douceur.

Si tu es en train de le vivre maintenant

Tu n'as pas besoin d'être forte tout le temps. Tu n'as pas besoin de choisir laquelle des deux épreuves « compte » le plus. Et tu n'as pas à traverser ça seule sous prétexte qu'aucune case ne correspond exactement à ton histoire.

Il y a une case. Elle s'appelle « j'ai vécu les deux ». Nous sommes plus nombreuses qu'on ne le croit à l'habiter.

Questions fréquentes

Un bébé conçu par PMA peut-il naître prématuré ?

Oui, cela arrive, et les grossesses issues d'une PMA font souvent l'objet d'une surveillance rapprochée sur ce point. Seule l'équipe médicale qui te suit peut te parler de ta situation. Ce que l'on dit moins : quand les deux parcours s'enchaînent, l'épuisement émotionnel se cumule lui aussi, et il mérite d'être accompagné.

Est-ce ma faute si mon bébé est né trop tôt après une FIV ?

Non. Une naissance prématurée n'est pas le résultat de quelque chose que tu aurais mal fait, ni du parcours PMA que tu as traversé. Cette culpabilité est extrêmement fréquente chez les parents de bébés prématurés, et la nommer, auprès de personnes qui comprennent, est le premier pas pour l'alléger.

Ai-je le droit d'aller mal alors que j'ai enfin eu mon bébé ?

Oui. Avoir longtemps désiré cet enfant ne t'enlève pas le droit de souffrir de la façon dont il est arrivé. Le bonheur d'être maman et le traumatisme d'une naissance prématurée peuvent coexister : ce n'est pas de l'ingratitude, c'est humain.

Où trouver du soutien quand on a vécu la PMA puis la néonatologie ?

Peu d'espaces couvrent les deux parcours à la fois : les groupes PMA s'arrêtent souvent à la grossesse, les groupes prématurité commencent à la naissance. Force & Douceur a été créé précisément pour ce double chemin, par une femme qui l'a vécu, en complément du suivi médical : une application gratuite disponible 24h/24 et une communauté de personnes passées par là.

Tu n'es pas seule sur ce double chemin

Force & Douceur accompagne les deux parcours — celui de la PMA et celui de la prématurité. Gratuitement, 24h/24, en complément de ton suivi médical.

Force & Douceur n'est pas un service de santé mentale et ne remplace pas un suivi psychologique ou médical. Les informations de cet article sont générales : seule l'équipe qui te suit, toi et ton bébé, peut te parler de votre situation. En cas d'urgence, appelle le 3114 (24h/24).

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